Le chemin continue, la femme sert d'objet à l'homme, l'homme sert d'alibi à la femme. L'homme a sa poupée, la femme a son excuse pour entrer dans la norme, tout va bien. Bien sûr, les rôles sont inversablement proportionnels ou égaux.

Le chemin continue, la femme sert d'objet à l'homme, l'homme sert d'alibi à la femme. L'homme a sa poupée, la femme a son excuse pour entrer dans la norme, tout va bien. Bien sûr, les rôles sont inversablement proportionnels ou égaux.


Vous marchez dans ce théâtre, la voix s'est tue. Elle vous avait mis mal à l'aise. Vous étiez-vous reconnu dans ses propos ? Alors que vous méditez, une autre voix se fait entendre, bien "réelle" cette fois-ci : The Phantom of the Opera is here, inside my mind... C'est une chanson ; la voix est aigüe, vous ne l'avez encore jamais entendue. Vous avancez dans le couloir près des loges, et là vous la voyez.

Elle est assise contre le mur, jambes croisées, et regarde au loin. Lorsque la jeune fille vous aperçoit (elle ne doit pas avoir plus de 15 ou 16 ans), ses grands yeux s'ouvrent, et elle esquisse un sourire.



"Bonsoir. Je m'appelle Chasteté, et vous ?"



Vous ne répondez pas, interloqué par ce nom si étrange. La fille continue :


"Ah, vous n'avez pas de nom... Vous n'êtes personne. Comme Nemo, vous savez, le capitaine... Nemo my name for ever more... Vous avez le droit de trouver mon nom bizarre, mais je le porte bien."



Ses yeux vous fixent intensément.



"Personne ne me touche. Personne. Sauf Marquise. Les autres gens font trop mal."



Elle porte les mains à son collier, un ruban de satin avec un petit cadenas et une clef à côté. Comme si elle lisait dans vos pensées, elle vous dit de sa petite voix :


"Vous vous demandez qui est Marquise ? C'est elle qui me protège, enfin c'est une façon de parler. Quand elle se met en colère elle peut être dangereuse pour nous-mêmes. Elle ne fait pas de mal aux autres. Pas physiquement. Sa langue peut être aussi tranchante que son miroir. Vous la reconnaîtrez facilement : c'est celle qui a des yeux avec plein de noir autour, et elle a toujours un objet tranchant ou coupant sur elle. Elle est très susceptible. Elle peut vous choquer en disant des choses gores. Il a faim d'avoir faim l'outre-mangeur..."


Voyant que Chasteté s'est replongée dans son monde musical, vous décidez de continuer votre chemin, non sans remarquer que durant la conversation, la jeune fille s'était progressivement mise en position foetale.



Les portes menant aux loges sont à gauche, le derrière de la scène à droite. En levant la tête vous apercevez un technicien qui s'affaire. Il y a peu de bruit. Une fille déboule alors d'une loge, l'air semi-catastrophé, semi-étonné. Elle porte un maillot de bain et un chemisier blanc. Son cou, ses bras, et ses poignets sont recouverts de bandages. Elle est très maigre. Elle vous aperçoit et se dirige vers vous. Vous vous demandez ce que vous veut cette folle, vous ne l'avez jamais vue, mais ces yeux vous rappellent quelque chose. Elle se poste devant vous et demande :



"Dites, vous auriez pas des dragées bleues par hasard ?"



Avant que vous puissiez répondre, elle enchaîne :



"Vous comprenez, je suis la seule à avoir des vertes à la piscine, je me sens exclue. En plus si je ne maigris pas je vais encore me faire violer, sauf si j'arrive à prévenir la police avant. De toute façon, quand il verra qu'en fait je suis un garçon ça va le dégoûter. A moins qu'il voie mon corps avant..."



Elle se retourne et, en esquissant un pas de salsa, baisse son chemisier et laisse voir une longue cicatrice le long de son dos. Soudain elle s'écrie :



"Zut ! J'ai un contrôle dans 10 minutes ! je ne serai jamais à l'heure au lycée ! Ah, et oubliez les dragées, je mourrai de toute façon !"



Puis elle fuit par où elle était venue. Une main se pose doucement sur votre épaule.


"Ne lui en voulez pas, elle a vécu tellement de choses... Pour nous ce n'est pas réel, mais elle a tout vécu. Pauvre Yume, elle est devenue folle."



Vous vous retournez et croisez deux yeux très maquillés.



"Je crois que vous devez aller parler à quelqu'un, non ? demande-t-elle. Allez-y, et si vous croisez Yume, dites-lui que le matin approche, ça va la rassurer."


Marquise se retourne et s'éloigne, et chante elle aussi. He's torn between the honour and the true love of his life... En vous demandant comme de telles personnes ont pu entrer dans ce théâtre, vous continuez votre chemin. Ca sent le vieux vêtement, vous aimez cette odeur.



[Cet article est de shinobugogol. Son monde à elle est par ici. J'en profite pour rappeler que tout le monde peut écrire ici, que ce soit un texte pour un spectacle ou un morceau de l'histoire. Je rappelle aussi que ce n'est pas parce que je suis étudiante et que je rentre une semaine sur deux que laisse mon théâtre à l'abandon.]

# Posté le dimanche 28 septembre 2008 13:28

Dans la famille spectacles de vos vies, je voudrais la plus fragile. Le spectacle aujourd'hui sera dédié à tous qui se cachent de la peur qu'il inspirent aux autres.

Dans la famille spectacles de vos vies, je voudrais la plus fragile. Le spectacle aujourd'hui sera dédié à tous qui se cachent de la peur qu'il inspirent aux autres.
Vous suivez le fantôme et l'anxiété vous gagne. Une voix susure à votre passage.

Mais non voyons, ce n'est que votre imagination, qu'allez vous encore chercher ?

Pourtant, vous croyez bien reconnaître la voix off. Et en effet, elle gagne en intensité. Elle commence à résonner, comme si votre tête était vide et assez immense pour que les sons y ricochent douloureusement. La douleur s'intensifie. Haletant, vous vous apprêtez à demander grâce quand tout cela cesse.

Vous vous êtes arrêté. Le fantôme vous fixe, une expression de curiosité qui ne lui va pas vraiment.
Vous lui répondez qu'il n'y a rien. Il reprend sa route.

Le son revient immédiatement, se transformant en bruit sourd insupportablement grave. Puis tout s'arrête à nouveau et vous distinguez un murmure à peine audible.



Tu aimes ça mais...
Tu es dépendant.

Même si ce n'est pas profond, même si c'est sensé guérir vite.
Ca devient profond.
Cicatrices.
Pendant plusieurs mois.
Puis des années.
Certaines à vie.

Limité au début, démesuré par la suite, étendu, toujours plus.

Retrait des autres, dans la honte permanente, et ce même si tu es la personne la plus honnête qui aie jamais vécu.
Mensonge.
Tu recules quand tes amis te touchent : ils pourraient le voir, ils pourraient te faire [du] mal.
Perte de contrôle. Tu ne sais plus à quel point c'est grave puisque c'est si habituel.
Toute ta vie, tes pensées tournent autour de ça.
Te cacher.

Un jour ça va trop loin.
Panique.
Ca coule, peut-être que ça ne s'arrêtera pas.

Merde, alors, ça va se voir.

Tu trembles ?
Crise d'angoisse, terreur mais... il ne faut surtout pas le dire.
Tu ne peux le dire à personne.

Tu es seul.

Alors tu jures que tu arrêteras, que jamais tu n'iras aussi loin.
Puis tu recommences, pire encore.

Tu prends soin de toi.
Histoire de ne pas finir à l'hôpital.

Mieux tu y arrives et pire tu deviens.

Mensonge, à toi même.

Stress, invention, imagination.
Tes pansemments deviennent anodins et tu espères n'être entouré que de dupes.
En priant pour que quelqu'un s'en rende compte.
Quelqu'un dans le même état que toi.
Lui comprendrait.

Mais il ne faut pas rêver.

Tu es comme tout le monde, tu prépares de nouvelles garde robes.

Du long, toujours du long, des mitaines, des bracelets.

Tu vois les gens différemment, tu les examines à la recherche de signes.
Les bras lisses te semblent faire éclater ta honte au grand jour.

Tu ne peux pas sortir sans "quelque chose".
Et si'l n'y a rien, il y a tout, de la clé au stylo. Tu trouveras toujours.

Un jour d'été normal à la plage où à la piscine n'est qu'un lointaine souvenir.

Démangeaisons.

De temps en temps tu craques. Tu te révoltes et tu sors à découvert.
Devant les yeux dégoûtés, les regards à la dérobée, tu oscilles entre le dégoût de toi et le dégoût des autres.
Puisque bien sûr ils sont intolérants.

Et pourtant... Tu ne t'es laissé aller qu'une seule fois.
Et cette fois là, tu n'as pas entendu la petite voix derrière ta peau.
Celle qui disait :

Bienvenue chez les automutilés.

Une maladie dont on met longtemps à sortir, des années à guérir, de longs mois inteminables entre fierté et rechute.
Puis un jour on découvre l'absurdité de la chose. Un recul que l'on aimerait donner à tous ceux qui sont encore dedans parce que quoi qu'ils disent ils ne l'ont pas. Même convaincus qu'ils doivent guérir, il leur manque ce recul.
Un jour, alors qu'on se sent fort de guérir, on se rend compte qu'on reste de toutes façons proches de la rechute.

Alors on regardes les traces qui restent et on se dit que ce sera ça la rechute : vivre avec les cicatrices sans se plaindre.
On se dit que ce doit absolument être ça, à tout prix, et rien de plus.

La honte subsiste, l'ambiguité aussi. De temps en temps, on crève d'envie de crier sur les toits qu'on a gagné, qu'on vit toujours... et le lendemain on fait celui qui a tout oublié.


Inspiré d'un texte trouvé sur un forum.

La vraie Amphétamine désépère de voir le soleil révèler ses secrets les plus persistants.
Une barre sur le poignet, une ligne sur la cuisse.
Mais tout ça n'a aucune importance, réveille toi mon enfant, ce n'était jamais qu'un mauvais rêve.

# Posté le lundi 11 août 2008 11:19

Modifié le mercredi 03 septembre 2008 11:40

On a tort de dire les yeux fermés, ferranta le maréchal. On n'a pas les yeux fermés parce qu'on met les paupières devant. Ils sont ouverts dessous. Si vous roulez un rocher dans une porte ouverte, elle n'est pas fermée pour cela ; et la fenêtre non plus d'ailleurs, parce que pour voir de loin c'est pas des yeux qu'on se sert, et, donc vous ne comprenez guère les choses. Boris Vian, L'arrache coeur.

On a tort de dire les yeux fermés, ferranta le maréchal. On n'a pas les yeux fermés parce qu'on met les paupières devant. Ils sont ouverts dessous. Si vous roulez un rocher dans une porte ouverte, elle n'est pas fermée pour cela ; et la fenêtre non plus d'ailleurs, parce que pour voir de loin c'est pas des yeux qu'on se sert, et, donc vous ne comprenez guère les choses. Boris Vian, L'arrache coeur.
Vous reprenez vite vos habitudes autour de la maîtresse des lieux, le changement est infime mais reconnaissable.

Vous retournez donc explorer le labyrinthe des coulisses, espérant tomber sur un nouveau mystère à découvrir tout en vous demendant pourquoi ces lieux exercent un tel atrait sur vous.
Vous rapelant que vous deviez des excuses au fantôme, vous décidez de partir à sa recherche non sans une petite crainte quelque part au fond de vous.

Machinalement vous vous retrouvez de nouveau sur les passerelles, à croire que vous les avez prises en affection. Et pourquoi pas ? N'abritent-elle pas durant les spectacle les rares personnes sensées de ce théâtre ?

Vous apercevez au loin une ombre plus pâle et plus blanche d'ordinaire.

Le fantôme n'est pas seul. Il tournoie, il virevolte, il danse.
Intrigué, vous vous approchez discrètement. C'est en vous demandant pourquoi cette valse sans musique ni partenaire que vous comprenez qu'il n'est pas seul.

Le sourire de Gamine pourrait illuminer l'endroit. Elle a perdu son expression grave, celle qui rend mal à l'aise, elle semble beaucoup plus jeune. Son corps de très jeune femme est redevenu celui d'une petite fille, elle a sept ans peut-être. Sa petite taille par contre restait la même.


- Curieux n'est ce pas ?

Vous sursautez violement. Luce se tient dangereusement proche de vous, elle et son étrange sourire.
Vous vous sentez gêné à l'idée d'être pris pour un voyeur. Par fierté vous rétorquez :


- Pourquoi donc ?

Elle rit doucement.

- Ne faites pas l'innocent. Lui est mort à vingt et un an depuis plus d'une centaine d'années et elle n'a que huit ans. Ils ne font que se voir différemment et nous, nous fermons les yeux pour ne voir que leur bonheur.

Vous vous tournez à nouveau vers le couple pour réaliser que leur attitude n'a en effet, rien de fraternelle. Pourtant le fantôme garde une distance respectueuse, mais oui, il y a quelque chose là derrière.

Vous ne savez que dire et cela tombe bien, Luce a de nouveau disparu.
En contemplant leur danse curieuse, vous vous rappellez le sang qui ruisselait de son corps. Le sang était apparu sans raison. Un simple souvenir, et vous l'aviez vu alors que d'autres n'en avaient pas conscience. Un souvenir, rien de plus.
Le corps de Gamine lorsqu'elle danse était dans ce cas aussi un souvenir. D'ailleurs d'où pouvait bien venir son nom ?

Comme en réponse à vos interrogations intérieures, leur danse cesse. Le fantôme effleure les temps de la fillette de ses lèvres et murmure :


- Virginia...

Un temps de silence se suspend.

Gamine ne sourit plus. Lentement elle s'éloigne, quittant du même temps son état second pour revenir à la normale.

Lorsqu'elle a totalement disparu le fantôme fait volte face et se dirige droit vers vous.

Extrêmement gêné d'avoir été remarqué malgré la distance, vous commencez à balbutier des mots au hasard. Il vous coupe :


- Il me semble que vous désirez converser avec moi. Retournons donc dans ma loge, nous y serons plus à l'aise.




# Posté le mardi 22 juillet 2008 14:19

Modifié le mercredi 03 septembre 2008 11:43

Whose is the voice ringing in my head ?

Whose is the voice ringing in my head ?

L'effervescence habituelle s'est remise en route. Vous regardez les habitants reprendre leur cours normal sans trop comprendre pourquoi. Gamine se maquille, les techniciens vérifient les poulies, le fantôme se drape d'un costume de gentleman des temps anciens... à moins que ce ne soit précisément le bel habit de son temps.

En effet, cela faisait longtemps que le théâtre s'était figé. Ses habitants erraient dans les couloirs, il n'y régnait plus la même agitation.

Aujourd'hui le théâtre se remet en route, se réveille et se replace dans l'état de suspension qu'il n'aurait jamais dût quitter.

Elle a rempli quelques responsabilités.
Elle s'est surtout promenée avec grand plaisir dans des rues au dessus de cours d'eau.
Elle a écouté, raconté, peut-être même fait tomber morceau de masque. Elle l'espère.
Amphétamine est revenue.

La voix de Luce glisse à votre oreille.

- Jamais je ne lui ai vu tant de voyage dans ses yeux. Elle semble ailleurs. Et... heureuse.

# Posté le mardi 24 juin 2008 11:23

Modifié le mardi 24 juin 2008 11:34