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Ce sont les enfants sages, madame, qui font les révolutionnaires les plus terribles. Ils ne disent rien, ils ne se cachent pas sous la table, ils ne mangent qu'un bonbon à la fois, mais plus tard ils le font payer cher à la société. Jessica, les mains sales, Sartre

Ce sont les enfants sages, madame, qui font les révolutionnaires les plus terribles. Ils ne disent rien, ils ne se cachent pas sous la table, ils ne mangent qu’un bonbon à la fois, mais plus tard ils le font payer cher à la société.  Jessica, les mains sales, Sartre
Perturbé de ce double intermède, vous avancez presque machinalement. Le fantôme vous attend un peu plus loin, comme avec pudeur. Il vous gratifie de ce sourire qui n'en est pas un.

On les voit peu ces trois là. Ne soyez pas choqué, Marquise n'est pas la dominatrice qu'elle parait. En fait je crois plutôt qu'elle les protège. C'est une bonne chose que vous les ayez vues, ça vous aidera à comprendre ma Gamine.

Vous ne répondez pas, vous contentant de le suivre. Le chemin ne vous est pas familier. Il ne vous emmène pas à sa loge comme vous l'aviez cru, mais vous entraîne dans un dédale de coulisses menant sur un nombre de portes entrouvertes impressionnant. Les couloirs sont irréguliers, comme si Amphétamine elle-même avait agrandit son théâtre en fonction de ses habitants.
Le fantôme ralentit de minière à se placer à votre côté, de même qu'un vieil ami.

Vous me prenez sans doute pour l'exemple type du satyre. Non, non, ne protestez pas, c'est certainement le cas... oui ça l'est. Non je n'ai pas honte. Je l'aime cette fille vous comprenez, je l'aime parce qu'elle me sera fidèle, que son âme à elle est sincère, pure. Vous avez bien vu la tache sur ma poitrine le jour de votre arrivée. Celle qui m'a fait ça était tout le contraire. Elle m'a tué. Ne jamais tomber amoureux d'une vraie femme, cela nous fait courir à notre perte.

Non, vous ne comprenez pas, je le vois bien.

Vous savez, Gamine est une vraie femme en réalité. Mais elle n'a pas grandit, ce n'est donc pas une femme entière, alors j'ai le droit de l'aimer. Vous voyez, alors qu'on me reproche de l'aimer parce qu'elle n'est qu'une enfant, je vous prouve que c'est précisément pour cette raison que je peux l'aimer.

Il s'interrompt alors que vous vous apprêtez à lui demander pourquoi Gamine vous aime dans ce cas.
Vous êtes arrivés à une pièce circulaire immense. Cerclée d'étagères, elle regorge de vêtements en tous genres, du costume le plus sobre au plus loufoque. Il y a des couleurs dans tous les coins de sorte que l'on pourrait voyager d'un pays à l'autre en changeant simplement d'étagère. En y regardant de plus près, chaque vêtement est rangé soigneusement à sa place, pourtant l'ensemble donne l'impression d'une folle pagaille.
Dans un coin trône une armoire ouverte débordant de chapeaux dont on remarque avant tout les plumes, devant vous ce sont les manteaux et les capes qui vous appellent à les enfiler, qui vous appellent à changer votre peau pour la leur.

Votre regard aurait eu peine à s'arracher à ce spectacle si une petite forme en boule au pied d'une étagère n'attirait pas toute l'attention.
Gamine tremble de tous ses membres, cherche à se ratatiner plus encore, vous avez le pressentiment qu'elle cherche à rentrer dans ce minuscule interstice entre l'étagère et le sol.

Le fantôme recule de quelques pas, marmonnant qu'il vaut mieux la laisser seule.

Révolté par tant d'indifférence, vous décidez d'agir.
Sans savoir comment vous allez vous y prendre, vous vous approchez.


Gamine...

Elle ne répond pas. Vous insistez.
Son corps diminue encore sa frêle surface.

Vous comprenez qu'elle ne vous écoutera pas et décidez donc de la faire réagir.


Virginia.

Vous regrettez aussitôt votre intervention.

Elle devient méconnaissable, désormais se dresse devant vous une véritable furie. Un visage de femme défigurée par la peur, un visage d'enfant défiguré par la rage, à moins que ce ne soit l'inverse, vous ne savez même pas. Vous comprenez, trop tard, ce dont parlait le fantôme.
Elle se jette sur vous.

Alors que vous vous préparez au choc, le fantôme s'interpose, parant de toutes ses forces la fureur de son amante. Après une brève lutte il parvient à la jeter à terre.

Elle se relève pour foncer droit sur les étagères, elle déchire tous les somptueux costumes se trouvant à sa portée, brise tous les accessoires à sa portée. En un instant, la pièce se change en quelque chose approchant d'un champ de bataille.
Vous ne parvenez qu'un seul mot dans ses hurlements.


SALAUD !

Une robe crache sa poussière dans un déchirement de rage.

JE TE DETRUIRAI !

Un vase vole pour aller exploser tout près du fantôme.
Lui ne bouge pas, impassible.
Vous n'y comprenez plus rien.

Encore...

Le soupir léger d'Amphétamine semble ramener Gamine à la raison une fraction de seconde. Elle s'immobilise.
L'instant d'après elle s'est déjà emparé d'un couteau sur l'étagère la plus proche, s'est ruée sur Amphétamine. Les yeux de la maîtresse des lieux s'écarquillent légèrement sous le choc.
Vous refusez d'en croire les vôtres, Gamine, une simple enfant, une réfugiée de ce théâtre vient de planter un poignard dans le c½ur de l'âme du théâtre, la froide Amphétamine qui impose le respect à quiconque l'approche. Pire encore, elle n'a même pas esquissé un geste pour se défendre.


Gamine tu es ridicule.
Ne recommence jamais cela sur scène ou tu signeras la destruction de cet endroit.

Amphétamine jette l'accessoire au sol avec une aura de mépris non dissimulé.

Un jour ce sera un vrai. Et alors tu n'auras nulle part où aller. Tu seras tout juste bonne à demeurer sur le trottoir à côté de l'entrée, tu survivras dans la merde et l'alcool. Au début tu auras la chance de servir les hommes mariés, ensuite ta clientèle se dégradera, s'adaptant fidèlement à l'état de ton corps. Et puis quand ta chair ne sera plus assez fraîche pour alimenter les fantasmes des pires immondices, tu n'auras plus qu'à crever dans le caniveau sous les regards horrifiés des femmes de bonnes familles, tu sais celles de tes premiers clients.

Si c'est ça que tu veux, tu peux sortir d'ici, je ne te retiens pas.
Si tu veux rester, tu me feras le plaisir de reconnaître que je ne laisse entrer ici aucune ordure, et surtout celui de ne plus détruire le travail des autres.
Tu n'es pas la seule à éprouver du dégoût par ici, alors souviens toi que décence rime avec silence.

Elle quitte la pièce sans laisser un seul bruit, derrière elle Gamine, reste à genoux, immobile.

Je te détruirai.

Salaud.

Je te détruirai.





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Salaud.




Image de Benjamin.

# Posté le samedi 11 octobre 2008 16:42

Modifié le lundi 10 novembre 2008 13:43

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