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La couturière.

La couturière.

Le fantôme s'efface, de plus en plus pâle. Il vous salue d'un signe de tête et s'éloigne.
Vous ne savez trop comment réagir et demeurez sur place, contemplant le corps de Gamine, à nouveau à terre. Elle semble inconsciente mais vous n'osez pas l'approcher.

Une silhouette se dessine dans le fond de la pièce. Elle a l'air d'un personnage haut en couleurs en comparaison aux autres, elle est si différente. C'est une petite femme d'une quarantaine d'années, aux rondeurs qui vous changent agréablement, elle porte une jolie robe de femme des campagnes et sur ses lèvres demeure la trace d'un sourire.

Elle s'approche de Gamine, la prend dans ses bras pour aller l'allonger un peu plus loin, puis la recouvrir d'une couverture. Puis retourne s'asseoir derrière une grande table et se remet à la tâche. Vous ne bougez toujours pas.

Elle vous fait signe. Vous la rejoignez sans appréhension. Elle coud minutieusement des perles sur une robe de jeune femme. Vous laissez les minutes s'écouler, de plus en plus longues. Vous finissez par vous asseoir à côté d'elle, dans une contemplation absente de ses gestes précis, rapides, toujours les mêmes. Enfin elle finit son travail, se lève et tend la robe devant elle. Elle est somptueuse.
Tranquillement elle se dirige vers l'une des immenses armoires du fond de la pièce, en sort un cintre, revient, y suspend la robe et repart la glisser entre deux autres robes du même style.
Puis elle va ramasser un à un les costumes et accessoires éparpillés à terre, les défroisse, les époussette, les range. Elle revient mettre de côté les accessoires cassés, dans un vieux carton, et les vêtements déchirés dans un placard débordant de fils, aiguilles, ciseaux, mètres rubans et tissus de toutes sortes.

Elle se tourne vers vous.


Et toi, tu ne fais rien ?

Pris de court, vous ne savez que répondre.


Mm, je vois. Tu prends de mauvaises habitudes : tu ne réponds plus, tu ne manges plus, tu ne vois plus la lumière du jour. Et voilà que tu ne fais plus rien. Non, il n'y a rien à répondre. Tu as visité une petite partie des lieux et tu as peur de la suite.

Vous ne savez quoi dire, elle n'a pas tout à fait tort.


Pauvre ami...

Elle vous plante là un instant et revient, les bras chargés de ce qui semble être un tas de tissus.

Tu vas travailler un peu, sinon tu deviendras fou toi aussi. Tiens, prend ça.

Elle vous fourre sans ménagement dans les mains une veste chic à laquelle il manque tous les boutons et une manche.

Vous la regardez avec des grands yeux : vous ne savez pas coudre !
Elle rit.

Comment crois tu que j'ai commencé, j'ai appris comme tout le monde !

Elle vous tend un morceau de tissu rouge.

Pour la manche.

Déconcerté, vous vous mettez à la tâche. Vous décidez de commencez par les boutons. D'un regard malicieux, elle vous indique un petit tiroir dans son placard à fils. Il est plein de boutons de toutes sortes. Vous les regardez tous, émerveillé comme un enfant devant tous ces trésors. Longtemps après, vous arrêtez votre choix sur une série de boutons plats et revenez à votre tâche.
La couturière rit à nouveau.


Hé bien, si je t'avais donné le costume du spectacle de ce soir la pauvre NsL n'aurait jamais pu jouer !

Un peu gêné, vous vous hâtez de vous remette au travail. Vous cousez tous les boutons assez vite et décidez de vous attaquer à la manche. Là, la couturière se penche vers vous et patiemment vous apprend les gestes à faire. Le travail est long et laborieux, mais le costume ne doit pas souffrir de la moindre imperfection. Lorsque que vous devenez plus sûr de vous, elle retourne à son costume étrange. De temps en temps, Gamine, se retourne dans un sursaut, mais ne semble pas se réveiller. Le temps s'écoule, pour la première fois depuis que vous êtes ici, vous en prenez conscience. Vous vous sentez étrangement apaisé.

Puis votre costume prend forme. Le morceau de tissu borgne que l'on vous tendait quelques temps auparavant est devenu la veste d'un homme noble, et c'est avec une immense fierté que vous arrêtez votre dernier point, que vous coupez votre dernier fil.

La couturière n'a pas encore terminé. Vous ne résistez pas à la tentation d'essayer votre costume et de jouer un instant, sans vous rendre compte qu'elle vous regarde mimer les attitudes d'un jeune Marquis avec son sourire dans un coin des lèvres.

Vous revenez en baissant la tête. Elle sourit de plus belle.


Tu as retrouvé un peu de vie. Il faut toujours travailler ici. Sinon tu deviendras pâle et maigre, comme eux tous. Regarde cette pauvre gosse, ce n'est plus qu'un tas de peau avec des peurs. Même Luce qui a les pieds sur terre plus dérangée qu'elle ne le prétend. Et Amphétamine mon pauvre ami, si tu savais à quoi elle ressemblait avant de venir s'enfermer ici !

Vous écoutez, curieux, vous disant qu'en fait elle non plus n'est pas si normale que cela, elle est toute petite et ne dit même pas bonjour quand quelqu'un arrive !

Et alors, on révèle les noirs secrets de notre bienfaitrice ?


Comme pour confirmer vos pensées, une autre silhouette se dessine à l'entrée de la pièce. Un homme grand comme vous ne pensiez pas que c'était possible se dirige vers vous. La couturière lui tend les bras, il la soulève et l'embrasse tendrement.

Vous rougissez et détournez les yeux comme si vous aviez assisté à ce baiser contre leur gré.
L'homme pose une main sur le ventre de la couturière.


Comment va le petit ?


Vous vous tournez si brusquement vers elle, qu'ils éclatent de rire. L'homme vous répond.


Hé bien quoi, ça vous étonne qu'un enfant puisse naître dans un tel endroit ? Et pourquoi pas après tout ? Il fera sans doute un ravissant comédien dans quelques années.


Vous répondez que oui certainement il fera un très bon comédien et prenez bien vite congé, sidéré.

Sur le chemin qui vous mène à la salle de spectacle, vous méditez sur ce que vous venez de faire. Vous avez créé un costume, ou du moins une partie de costume. Vous avez contribué à rendre le théâtre plus vivant. Ce que vous avez pris pour des rondeurs chez cette femme n'était dû qu'au simple fait d'un ventre rond et d'une population environnante rachitique. Et bien sûr, vous êtes en train de prendre la forme du décor.

Vous réalisez soudain que vous n'avez aucune idée du nombre de personnes qui se trouvent en ces lieux. Vous avez envie de parler à Amphétamine, elle vous doit des réponses.

Décidant que désormais elle ne vous fera plus peur, vous affermissez votre pas.
Indifférent à l'effervescence qui vous entoure, vous avancez droit devant vous.
Vous allez la trouver avant que le spectacle ne commence.


# Posté le samedi 14 février 2009 16:04

Modifié le lundi 16 février 2009 10:53

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